Académie des jeux oubliés

 

 

  
  
 

Louis Charles Mahé
de la Bourdonnais

UNE REVANCHE

DE

WATERLOO

OU

UNE PARTIE D'ÉCHECS

 

PAR MÉRY

 

Paris, au club des Panoramas, 48, rue Vivienne
1836

 
 

 
Informations, liens

Cette page contient deux poèmes sur le jeu d'échecs écrits par Joseph Méry, écrivain, journaliste satirique et fondateur avec de la Bourdonnais de la première revue d'échecs, Le Palamède. Le premier, intitulé Une Revanche de Waterloo, relate une partie disputée en 1834 entre le Français, de la Bourdonnais, et l'Irlandais, Mac Donnell (Méry le dit Écossais) ; le deuxième, Une Soirée d'ermites, décrit deux parties simultanées jouées en 1838 en aveugle par de la Bourdonnais contre deux écrivains, Antoine Jay et Etienne de Jouy. Le texte de celui-ci est, ici, tiré d'un recueil de règles de jeux paru en 1847, L'Arbitre des jeux, enrichi de poèmes de Joseph Méry, où il est simplement intitulé Les Échecs.

 

 


UNE REVANCHE DE WATERLOO
ou
UNE PARTIE D'ÉCHECS

Poème héroïco-comique,
PAR MÉRY

PARIS, au club des Panoramas, 1836

   Dédié à Mme la Princesse Belgiojoso

Accès direct à la partie avec le codage des positions

 
Commentaires
UNE REVANCHE DE WATERLOO
 

« Contexte » de la partie d'échecs ayant eu lieu en 1834 à Londres entre La Bourdonnais et Mc Donnell.













Méry écrit que Mc Donnell est Ecossais bien qu'il soit d'origine irlandaise.

 

Vous qui croyez encor qu'une paix éternelle
Tient deux peuples rivaux à l'ombre de son aile,
Politiques profonds, mais ne voyez-vous pas
Qu'une guerre de feu s'embrase sous vos pas ?
Les remparts de Calais fument ; le canon tonne ;
Vingt cartels sont jetés à la race bretonne ;
La France, croyez-moi, n'est pas à son déclin ;
Les jours du prince Noir, les jours de Duguesclin
Réjouissent encor la côte maritime,
Et le sol des combats attend une victime.
Sur l'échiquier royal, Fontenoy, tu renais
Aux mains de Mac-Donnel et de Labourdonnais ;
Deux héros ; l'un de France, et fils de ces Falaises
Qui ne tremblèrent pas sous les bombes anglaises,
Quand Saint-James lançait, par le courant de l'eau,
Sa machine infernale au front de Saint-Malo.
L'autre, général jeune, ingénieur précoce,
Descend, comme Rob-Roi, des montagnes d'Ecosse ;
Et Londres, en le voyant, cria dans la Cité
Que le grec Palamède était ressuscité.
Ô boulevard Montmartre ! ô Véron ! ô Vivienne !
Amateurs de Berlin, d'Amsterdam et de Vienne,
Accourez aujourd'hui de vos divers climats
Au noble club ouvert sur les Panoramas ;
C'est pour vous que je chante une bataille immense,
Et d'échecs en échecs, vers la nuit finissant,
Ne laisse pas sur terre une goutte de sang.

 

 

Méry fait une présentation du jeu d'échecs, et en donne les règles.

Le champ clos a croisé soixante-quatre cases ;
Aux deux extrémités, les tours posent leurs bases,
Ces formidables tours, ces tours qu'un doigt savant
Comme aux sièges romains fait rouler en avant :
Sur des chevaux sans mors des cavaliers fidèles,
Lestes et menaçants, se placent auprès d'elles ;
À franchir deux carrés ils bornent leurs élans,
Et tombent, de côté, sur les noirs ou les blancs.
Ces pièces vont ainsi ; l'amitié les a jointes
Aux fous, sages guerriers qui partout font des pointes.
Puis la dame se place et garde sa couleur ;
Nul combattant du jeu ne l'égale en valeur :
Elle vole d'un bond de l'une à l'autre zone ;
C'est Camille au pied leste, invincible amazone ;
Elle veille, et défend les pièces d'alentour,
Par la force du fou, réunie à la tour.
Près d'elle le roi siège ; hélas ! il garde un trône
Que mine le complot, que l'astuce environne ;
Ce monarque, toujours menacé du trépas,
Pour tromper l'ennemi ne peut faire qu'un pas ;
Toutefois, quand sa force est enfin abattue,
Par respect pour son nom, personne ne le tue ;
Il est échec et mat ; son dernier jour a lui,
Et tous ses serviteurs sont morts auprès de lui.
Huit modestes pions, soldats de même taille,
Gardent l'état-major sur un front de bataille ;
Un pas leur est permis ; un ou deux, jamais trois ;
Troupe vile immolée aux caprices des rois :
Ils ne prennent qu'en pointe ; et pourtant il arrive
Qu'un d'eux, soldat heureux, aborde l'autre rive ;
Alors il se grandit ; ce soldat parvenu
Des dépouilles d'un chef habille son corps nu :
Il se métamorphose en tour ; il devient reine ;
Il choisit dans les morts, étendus sur l'arène ,
Un chef de sa couleur, par sa force cité,
L'heureux pion le touche, il l'a ressuscité.

 

 
 











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La Bourdonnais commence
d4


c4


e3



Fxc4


exd4




Cc3





Cf3



Fe3



h3




Fb3


0-0



a4



Ce5






Fc2



De2



Fd2



Tae1









De4


Fxf4






Dxf4



















Dh6


Fxg6






Cxg6


Dh8+




Dh7+



Cf4







Te6+



Dh6+











g4#


Mac-Donnell a les noirs
 








..........................
d5

..........................
dxc4

..........................

e5

..........................

exd4
..........................


Cf6

..........................

Fe7



..........................

0-0

..........................

c6

..........................

Cbd7


..........................

Cb6
..........................

Cfd5
 
..........................
 
a5
 
..........................
 
 
 
 
Fe6
 
..........................
f5


..........................

f4

..........................

De8

..........................

Ff7







..........................

g6
..........................


Cxf4



..........................













Fc4
 
 
 
 
 
..........................
Fxf1
 
..........................
 
 
 
 
hxg6
 
..........................
 
Cc8
..........................
Rf7
 
 
 
..........................
 
 
Rf6
..........................
 
 
 
Fd3
 
 
 
..........................
 
 
Rg5
..........................
 
 
Rf5
 
 
 
 
 
 
 
 
 
..........................

L'Écossais Mac-Donnel a tiré la claymore ;
C'est lui qui doit guider les soldats du roi more ;
Calme et méditatif, économe du sang,
Il marche avec lenteur sur ce terrain glissant.
Labourdonnais, plus vif, fait jaillir de sa tête,
En rapides éclairs, la foudre toujours prête ;
Il entrevoit déjà, œil fixé sur le but,
La fin de la bataille, au moment du début :
Ainsi Napoléon, dans sa tête profonde,
Voyait tout, à la fois, sur l'échiquier du monde.
Le roi blanc a donné le signal des combats.
Le pion de sa dame avance et fait deux pas,
Le voisin aussitôt parcourt le même espace ;
Le pion du fou blanc de la dame se place,
Audacieux gambit, près de son frère blanc .
Et percé par le noir, il tombe sur le flanc.
Le pion du roi blanc, qu'un noble zèle embrase,
Se sépare de lui, ne franchit qu'une case,
Le pion du roi noir, beaucoup plus hasardeux,
Affrontant son voisin, soudain en franchit deux.
Le fou du roi d'ivoire alors brise sa chaîne,
Et faisant quatre sauts, prend le pion d'ébène ;
Le soldat du roi noir enlève le pion
Que la dame d'ivoire avait pour champion.
Le pion du roi blanc remplit la même tâche.
L'écuyer du roi more à l'instant se détache
Et se cabre, la bride abattue à son cou,
À la deuxième case au-devant de son fou.
Soudain le cavalier, serf de la reine blanche,
À deux pas de son fou sur l'échiquier se penche,
Mais le fou du roi noir, esclave de sa loi,
Se glisse au carré vide, au-devant de son roi.
Le monarque des blancs, Labourdonnais l'inspire.
Veille d'un œil serein au salut de l'empire,
D'un signe intelligent, à son doigt familier,
À deux pas de son fou place son cavalier ;
Aussitôt le roi noir profite de l'aubaine,
Et roque lestement avec sa tour d'ébène.
La dame d'Avenel, qu'alarme un juste effroi,
Jette son fou joyeux à deux pas de son roi.
Le pion noir du fou de l'amazone noire
Fait un pas : le pion gardant la tour d'ivoire,
La tour du roi des blancs fait un pas en avant
Et gêne un fou rival, avec ce trait savant.
À sa deuxième case, alors la noire dame
Jette son cavalier, qui va servir sa trame ;
Pour prévenir le choc du more cavalier
Le fou du roi des blancs se pose en bouclier
Au troisième relais du cheval de sa reine ;
L'écuyer noir qui sert la noire souveraine
À sa troisième case à l'instant s'est bloqué :
Avec sa propre tour le roi blanc a roqué.
Le cavalier du roi, du roi noir lui réclame
Une troisième place en avant de sa dame.
Le pion de la tour de la dame des blancs
Fait deux pas fort adroits, quoique simples et lents ;
Comme un singe moqueur, à l'adverse limite
Le même pion noir, devant sa tour, l'imite.
Le cheval du roi blanc se place en palefroi
À quatre pas devant la case où fut son roi.
Pour détruire le fou de l'adverse partie
Le fou de dame noire a fait une sortie ;
Agitant ses grelots, cet aimable insensé
À deux pas de son roi s'est finement placé.
À deux pas de la case où fut son roi.
Le fou du roi des blancs se glisse en téméraire
À la case en avant de celle où fut son frère.
Le pion noir du fou royal marche deux pas ;
L'amazone des blancs ne s'en alarme pas ;
Devant la case noire où fut jadis son maître,
Elle vient aussitôt se faire reconnaître.
Le pion noir du fou royal alors se meut,
Et chemine d'un pas, c'est là tout ce qu'il peut.
Le fou de dame blanche à la deuxième case
De la susdite dame arrive, et prend sa base ;
La noire qui veillait à son vierge terrain
Se pose sur le trône où fut son souverain.
L'amazone des blancs, soigneuse de leur gloire,
Dans la case du roi bâtit sa tour d'ivoire ;
Le fou de dame adverse, agile champion,
Recule auprès du roi pour sauver un pion.
C'est le coup décisif ; car la blanche amazone
Déjà du roi des noirs voit chanceler le trône ;
À travers ce chaos d'amis et d'ennemis,
Heureuse, elle entrevoit son avenir promis ;
La science de l'art ne l'aura point trompée,
Elle tient son triomphe après neuf coups d'épée :
Les noirs la voient tomber avec des yeux d'effroi,
Trois cases en avant du camp où fut son roi.
Du cavalier royal le pion noir s'élance
D'un seul pas ; le fou blanc de la dame s'avance.
Prend le pion du fou, le fou du prince noir ;
Le cavalier du more, épris d'un vain espoir,
Veut venger son ami ; d'un fameux coup de lance
Il perce le fou blanc, le jette à l'ambulance.
Malheureux cavalier ! L'aveugle Mac-Donnel
Croyait la dame blanche au château d'Avenel ;
Elle est là ; son bras fort renverse sur l'arène
L'insolent écuyer qui pressait une reine.
C'est alors qu'un vrai fou d'une dame, un fou noir,
Dans sa tête insensée a mis un fol espoir ;
Il se fait en lui-même une imprudente phrase :
« Si je prenais, dit-il, la quatrième case
En face du carré que le fou, mon rival,
Occupait au début, à côté du cheval,
Ce poste m'obtiendrait une victoire sûre ;
Je menace les blancs d'une double blessure :
Labourdonnais n'a pas prévu ce mauvais tour ;
S'il veut sauver sa reine, alors je prends sa tour ;
Après, je serai pris, tant mieux ! Cela m'arrange,
La tour vaut mieux qu'un fou, nous gagnerons l'échange. »
Après ce beau calcul, digne d'un insensé,
Sur le carré dépeint ce vieux fou s'est placé.
Labourdonnais sourit : par un coup de génie
L'avidité des noirs sera bientôt punie ;
Le général français avait bien attendu
Que les noirs tomberaient dans le piège tendu.
L'amazone des blancs prend la troisième case
Où la tour du roi more eut sa première base.
Le fou de dame noire à l'instant prend la tour ;
Le fou blanc de son roi, ravisseur à son tour,
Prend le pion placé devant l'écuyer more ;
Il sait qu'il va mourir ; cette mort, il l'implore,
Sage fou qui déjà, quoique mourant, peut voir
Le redoutable mat planant sur le roi noir !
Le pion noir, qu'il vient de provoquer en face,
Étourdi fanfaron, en pointe le terrasse,
Et tombe au même instant sous le blanc cavalier,
Qui, tout près de sa reine, accourt se rallier.
L'écuyer africain, qu'un grand péril réclame,
Bondit sur le carré, veuf du fou de la dame ;
Alors, marchant trois fois, l'amazone au teint blanc
Donne échec au roi noir, qui fuit d'un pas tremblant ;
Sa fougueuse ennemie, à sa perte acharnée,
Poursuit sa vive lutte, avec art combinée ;
Elle voit son triomphe, et, reculant d'un pas,
Menace encor ce roi d'un imminent trépas.
Le prince fugitif, dont le tombeau s'apprête,
N'a plus qu'un seul abri pour reposer sa tête ;
Il s'y place ; aussitôt, des blancs le cavalier
En face de ce roi, sait bien se replier ;
Soudain le fou des noirs, dont l'audace endormie
Trouvait une prison sur la ligne ennemie,
À gauche, obliquement, fait trois pas, et sa main
Nargue la dame blanche au bout de son chemin ;
Insensé ! Tout à coup, s'ébranlant sur ses bases,
La tour d'ivoire roule, elle franchit six cases,
Et vers le camp rival semant un long effroi,
Serre d'un vif échec le triste et sombre roi.
Hélas ! ce roi puissant, que personne n'envie,
N'a plus qu'un seul abri pour défendre sa vie ;
Il y court ; l'amazone enlevant tout espoir,
Fait un pas en arrière, et bloque le roi noir :
Oh! Quel toit lui donner ? Quel refuge lui reste,
À ce prince frappé du sort fatal d'Oreste ?
C'est la troisième case, en avant de son fou.
Alors un vil pion, venu je ne sais d'où,
Un obscur fantassin, un pion prolétaire,
Qui, depuis le début clouait son pied sur terre,
Un faible pion blanc, que œil put oublier,
À sa case, devant le royal cavalier :
Un soldat inconnu, sans blason dans l'histoire,
Sous un mat décisif va fixer la victoire,
Et par un double bond, s'élançant de son coin,
Il crie au roi des noirs : Tu n'iras pas plus loin !

 

 

  

 
 

 

Mac-Donnell a perdu la partie 

À ce grand coup d'un nain arrêtant un colosse,
Tous les noirs inhumés hurlèrent dans leur fosse ;
Sa reine, lui jetant un suprême coup d'œil,
Se rendit en exil sous sa robe de deuil.
Labourdonnais vainqueur, sorti de cette guerre,
Fut sacré roi de France et roi de l'Angleterre,
Par le droit des échecs ; le rapide Océan
L'annonça dans Bagdad, Cachemire, Ispahan,
Sous les Balkans neigeux, sous l'aride Caucase,
Climats où Mahomet a guidé sur la case
Fou, pion, éléphant, roi, dame, cavalier,
Jeu que jamais ses fils ne purent oublier.
L'Écossais Mac-Donnel, en son pays prophète,
Resta comme étourdi du poids de sa défaite ;
Il contempla longtemps, d'un œil terne d'effroi,
La case malheureuse où fut maté son roi ;
Il le voyait gisant sur sa dernière couche,
Le god save the king expira sur sa bouche ;
Puis, le vaincu d'Écosse, au regard étonné,
Porta dans Holy-Rood ce roi découronné.

 

 

  

 

 

 

 

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Louis Charles Mahé
de la Bourdonnais

UNE SOIRÉE
 

D'ERMITES

 

(Intitulé LES ÉCHECS dans L'Arbitre des jeux)

 

PAR MÉRY

 
1838

 
 

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Une Soirée d'ermites, est un poème de Joseph Méry décrivant deux parties simultanées jouées le 22 mars 1838 en aveugle par La Bourdonnais contre deux écrivains, Antoine Jay et Etienne de Jouy. Le titre trouve sa justification d'une part dans le fait que La Bourdonnais jouait seul dos à l'échiquier, et d'autre part dans celui que Jouy est l'auteur de plusieurs livres intitulés L'Hermite de... (comme L'Hermite de la chaussée d'Antin ou L'Hermite de la Guyane) et conjointement avec Jay de deux autres, Les Hermites en prison et Les Hermites en liberté. Le texte a été imprimé, peu de temps après la soirée, dans la revue Le Palamède, détaillant seulement la partie avec Jouy. Neuf ans plus tard, en 1847, le poème a été publié à nouveau dans un recueil de règles de jeux, L'Arbitre des jeux, de Joseph Méry, sous le simple titre Les Échecs. Celui-ci se distingue de l'original par des modifications (original en rouge ci-dessous) apportées par l'auteur sans changement du nombre de vers. Essentiellement, les termes envers la langue anglaise ont été adoucis et la date de la soirée a été supprimée. L'introduction des deux versions du poème fait référence a une partie d'échecs jouée par La Bourbonnais en 1834 et relaté par Joseph Méry dans son poème Une Revanche de Waterloo.

 

 
Une Soirée d'ermites ( 1838)
Les Échecs (1847)
 

 

Un jour je vous ai dit, en forme d'épopée,
Ce combat où le sang ne teignit pas l'épée ;
Où le calme champ-clos avait pour champions
Deux cavaliers, deux tours, deux fous, et huit pions :
État-major d'ivoire, entourant sur l'arène
Un faible roi, gardé par sa puissante reine ;
Et pendant qu'après tous, en ces vers, je donnais
La palme des échecs à de La Bourdonnais,
La perfide Albion, pour me punir du crime,
Enlevant à mes vers la raison et la rime,
Traduisit ce poème, à Paris achevé,
En vieux français normand farci de doubles V.

L'Anglais ne comprend pas, ce calme diplomate,
Qu'un frivole Français, en quinze coups, le mate ;
Aussi le chancelier de l'échiquier breton,
Depuis notre victoire a bien baissé le ton.
Si Calais aujourd'hui, du haut de sa falaise,
Peut donner un signal à la vigie anglaise,
Je confie à son aile un nouveau bulletin
Qui bouleversera l'insulaire lointain.

Jeudi, des amateurs de tout rang, de tout âge,
Envahissaient le soir l'opulent ermitage
Où furent composés, pour un chant immortel,
Les airs de la Vestale et de Guillaume Tell.

Jay, l'écrivain penseur, de Jouy, le poète,
Sur un double échiquier avaient courbé la tête,
Et l'on voyait sous eux les pièces se mouvoir.
La Bourdonnais jouait contre deux sans y voir ;

Assis dans un fauteuil, à l'angle de la salle,
Inclinant sur ses mains sa tête colossale,
Sur un double champ-clos, plein de coups orageux,
Par l'œil de la pensée, examinant les jeux.

Je m'arrête un instant, et dans cet intermède
Viens écrire pour moi, muse de Palamède,
Toi qui connus Homère, et qui créas l'échec
Dans le cheval d'Ulysse, avec un prince grec !

Prête-moi de ces mots concis et purs d'emphase
Qui de ce long combat dépeignent chaque phase.
Avant de commencer fais-toi claire, et redis
La marche de ce jeu, pour les moins érudits.

Le champ-clos a croisé soixante-quatre cases.
Aux deux extrémités les tours prennent leurs bases ;
Ces formidables tours qu'un doigt ferme et savant
Comme aux sièges romains fait marcher en avant,

Sur des chevaux sans mors, des cavaliers fidèles,
Lestes et menaçants se placent auprès d'elles ;
À franchir deux carrés ils bornent leurs élans,
Et tombent de côté sur les noirs ou les blancs.

Ces pièces vont ainsi : l'amitié les a jointes
Aux fous, sages guerriers qui partout font des pointes.
Puis, la dame se place et garde sa couleur,
Nul combattant du jeu ne l'égale en valeur ;
Elle vole d'un bond de l'une à l'autre zone ;
C'est Camille au pied leste ; invincible amazone,
Elle veille, et défend les pièces d'alentour
Par la force du fou réunie à la tour :
Près d'elle le roi siège ; hélas ! il garde un trône
Que mine le complot, que l'astuce environne !
Ce monarque, toujours menacé du trépas,
Pour tromper l'ennemi ne peut faire qu'un pas.

Toutefois, quand sa force est enfin abattue,
Par respect pour son nom personne ne le tue ;
Il est échec et mat ; son dernier jour à lui,
Et tous ses serviteurs sont morts auprès de lui.

Huit modestes pions, soldats de même taille,
Gardent l'état-major sur un front de bataille ;
Un pas leur est permis ; un ou deux, jamais trois ;
Troupe vile, immolée au caprice des rois !

Ils ne prennent qu'en pointe ; et pourtant il arrive
Qu'un d'eux, soldat heureux, aborde l'autre rive ;
Alors, il se grandit : ce soldat parvenu
Des dépouilles d'un chef habille son corps nu ;
Il se métamorphose en tour ; il devient reine ;
Il choisit dans les morts étendus sur l'arène
Un chef de sa couleur, par sa force cité ;
L'heureux pion le touche, il l'a ressuscité.

Donc, fermons notre oreille au fracas de la terre ;
Prenons un échiquier, théâtre de la guerre,
Et suivons ce combat qui nous a réjoui.

La Bourdonnais cédant le trait à de Jouy,
Le pion du roi noir, le pion de l'ermite,
Fait deux pas ; l'adversaire, au même instant l'imite.

Celui du fou du roi, du roi noir, fait deux pas,
Et sous le pion blanc rencontre le trépas.
C'est le gambit, soldat d'aventureuse mine
Que Cochrane inventait au pays du bramine.

— Le cheval du roi noir, allant je ne sais où,
Se pose, après deux bonds, devant son propre fou.
— Le pion du cheval du roi blanc s'en indigne,
Et fait deux pas hardis en avant de sa ligne.

— Le fou du prince noir tourne à droite, et courant,
Devant son frère fou tient le quatrième rang.
— Le hardi pion blanc fait un pas, et se place
Sous le cavalier noir, le heurte et le menace.

— Le cheval noir a peur, et d'un jarret tremblant
Bondit à quatre pas devant le prince blanc.
— La reine blanche alors, d'une victoire avide,
Donne l'échec au roi noir — qui, sur la place vide
Que déserta son fou, se place au même instant.

— Le pion blanc doublé, le second en montant
N'a plus qu'un seul carré, qui le sépare encore
De la case d'emprunt où tremble le roi more.
— Mais le cavalier noir prend, en faisant trois pas,
Le pion du fou blanc qui ne le craignait pas.

— L'agile cavalier qui suit la blanche reine
A trois pas, en avant de son fou tient l'arène.
— La dame noire appelle un humble champion,
Et fait marcher deux pas son modeste pion.

— Le fou du roi des blancs se conduit comme un sage ;
Et, voyant près de lui s'entrouvrir un passage,
Devant son cavalier hardiment s'est carré.

— Le pion noir de la reine un carré.
— Le cheval blanc du roi sur la troisième case
De son fou. — La tour blanche a tremblé sur sa base,
Car le cavalier noir la menace et la prend.

— Le pion blanc de la reine enjambe un double rang
Par deux bonds, comme il fait dans les moments de crise.
— Le pion du roi noir prend le pion en prise.

— Le cheval du roi blanc, saisi d'un noble effroi,
Se pose à cinq relais du carré de son roi.
— La dame noire au camp de son mari s'installe.

— Le pion du cheval des blancs change de stalle.
— Le fou du roi des noirs recule d'un seul pas,
Sa pointe au cavalier menacé du trépas.

— Le pion blanc du roi, ce soldat d'humble taille,
Qui sut dans le gambit commencer la bataille,
Reparait sur la scène, il prend le pion noir,
Et donne échec au roi, calme dans son manoir.

— Ce monarque indigné punit tant d'insolence
Et frappe ce soldat de l'ombre de sa lance.
— Le fou des blancs accourt du bout de l'horizon,
Donnant échec au prince, au seuil de sa maison.

— Ce prince infortuné n'a qu'une bonne case
Pour y porter son trône, ébranlé sur sa base ;
Il y trouve un instant un sol hospitalier :
C'est la case déserte où fut son cavalier.

— Le cheval blanc, joyeux, profite de l'aubaine,
Et mange le pion de la dame d'ébène.
—Cette noble amazone, aux rapides élans,
Prend le cheval et donne échec au roi des blancs.

— C'est l'instant décisif : reines infortunées,
Ici doivent finir vos grandes destinées !
— La dame blanche a pris la noire ; — Le fou noir
Prend la pâle amazone et renaît à l'espoir.

— Hélas ! le prince noir, malheureux comme Oreste,
Est maté, sur le coup, par le cheval qui reste ;
Et béni par l'ermite, il descend au tombeau,
Consolé de mourir, sous un échec si beau.

Ce combat est fini, mais l'autre dure encore ;
Jay retarde longtemps le mat de son roi more ;
Resté seul, et déjà succombant à demi,
Il voudrait bien venger l'ermite son ami.

Tous les yeux sont fixés sur la lice ; on frissonne
Au moindre souffle ; au bruit de l'horloge qui sonne,
De la porte qui s'ouvre en grinçant, du talon
Qui frappe étourdiment le parquet du salon.

Rien n'émeut le joueur, l'aveugle volontaire ;
De l'échiquier absent il sonde le mystère ;
Sur le vaste registre ouvert dans son esprit,
Il note les soldats qu'on lui prend, et qu'il prit ;
Il suit, d'un même soin, le monarque superbe,
Et le pion, insecte enseveli sous l'herbe ;
L'échiquier s'est couvert d'un brouillard ; mais en vain ;
Tout brille aux yeux fermés du magique devin.
Minuit sonne gaiement une double victoire.

Et depuis, j'ai cherché vainement dans l'histoire
Un prodige pareil, même aux jours fabuleux
Où l'Asie inventa ses milles contes bleus ;
Où Katib, le Persan, perdait sur une case
Sa blanche favorite, esclave du Caucase,
La belle Dilaram, sérénité du cœur,
Qu'un mal livra, soumise, au sérail du vainqueur ;
Où, le brame Séhim, que Jagrenat admire,
Jouait avec Namik, le roi de Cachemire,
Sur un large échiquier, tout d'ambre et d'aloès,
Que le brame reçut des mains de Cosroès.

Dans les âges récents, d'un accès plus facile,
J'ai suivit le joueur enfant de la Sicile,
Boy le Syracusien, bon chrétien, qui, je crois,
Battit avec respect deux papes et deux rois ;
Et puis le Calabrais, dont les habiles ruses
Révélaient un talent éclos dans les Abruzzes ;
Penseur né sous un ciel de vif azur et d'or,
Et qui légua son sceptre aux mains de Philidor.

Oui, dans cet Orient, ce doux berceau des sages,
Dans les siècles passés, ou les modernes âges,
Depuis que nous voyons l'échiquier se grandir,
En remontant d'Europe au temps du grand Nadir ;
Ce qui manque aux exploits du Chrétien ou du bonze,
Je l'ai vu dans Paris, rue aux Trois-Frères, onze ;
Dans un hôtel, tout plein de succès éclatants,
Le jeudi vingt-deux mars, à l'aube du printemps
.


 

Un jour, je vous ai dit, en termes d'épopée,
Ce combat, où le sang ne teignit pas l'épée,
Où le calme champ clos avait pour champions
Deux cavaliers, deux fous, deux tours, et huit pions,
État-major d'ivoire, entourant sur l'arène
Un faible roi, gardé par sa puissante reine ;
Et pendant que, pour tous, en mes vers, je donnais
La palme des échecs à de La Bourdonnais,
La perfide Albion, pour me punir du crime,
Enlevait à mes vers la raison de ma rime,
Traduisait mon poème en style assez banal,
Dans une prose anglaise, à la fin d'un journal 1.

L'Anglais ne comprend pas, ce calme diplomate,
Qu'un volage Français, en quinze coups, le mate ;
Aussi le chancelier de l'échiquier breton
Depuis cette victoire a bien baissé le ton ;
Si Calais aujourd'hui, du haut de sa falaise,
Peut donner un signal à la vigie anglaise,
Je confie à son aile un nouveau bulletin
Qui bouleversera l'insulaire lointain.

Un soir, des amateurs de tout rang, de tout âge
Envahissaient à flots l'opulent ermitage,
Où furent composés, pour un chant immortel,
Les airs de la Vestale et de Guillaume Tell.

Jay, l'écrivain penseur, de Jouy, le poète,
Sur un double échiquier avaient courbé la tête,
Et l'on voyait sous eux les pièces se mouvoir ;
La Bourdonnais jouait contre deux sans y voir :

Assis dans un fauteuil, à l'angle de la salle,
Inclinant sur ses mains sa tête colossale
Sur un double champ clos, plein de coups orageux
Par l'œil de la pensée, il suivait les deux jeux !

Je m'arrête un instant, et dans cet intermède,
Viens écrire pour moi, muse de Palamède,
Toi qui connus Homère, et qui créas l'échec
Dans le cheval de bois, avec un prince grec !

Prête-moi de ces mots concis, et purs d'emphase,
Qui de ce long combat décrivent chaque phrase ;
Avant de commencer, fais-toi claire, et redis
La marche de ce jeu pour les moins érudits !

 Le champ clos a croisé soixante-quatre cases ;
Aux deux extrémités, les tours prennent leurs bases ;
Ces formidables tours qu'un doigt ferme et savant
Comme aux sièges romains fait marcher en avant ;

Sur des chevaux sans mors, des cavaliers fidèles,
Lestes et menaçants se placent auprès d'elles ;
À franchir deux carrés ils bornent leurs élans,
Et tombent de côté sur les noirs ou les blancs.

Ces pièces vont ainsi : l'amitié les a jointes
Aux fous, sages guerriers qui partout font des pointes.
Puis, la dame se place et garde sa couleur,
Nul combattant du jeu ne l'égale en valeur ;
Elle vole d'un bond de l'une à l'autre zone,
C'est Camille au pied leste, invincible amazone
Elle veille, et défend les pièces d'alentour,
Par la force du fou, réunie à la tour ;
Près d'elle le roi siège ; hélas ! il garde un trône
Que mine le complot, que l'astuce environne !
Ce monarque, toujours menacé du trépas,
Pour tromper l'ennemi ne peut faire qu'un pas.

Toutefois, quand sa force est enfin abattue,
Par respect pour son nom personne ne le tue ;
Il est échec et mat ; son dernier jour à lui,
Et tous ses serviteurs sont morts auprès de lui.

Huit modestes pions, soldats de même taille,
Gardent l'état-major sur un front de bataille ;
Un pas leur est permis ; un ou deux, jamais trois ;
Troupe vile, immolée au caprice des rois !

Ils ne prennent qu'en pointe ; et pourtant il arrive
Qu'un d'eux, soldat heureux, aborde l'autre rive :
Alors, il se grandit, ce soldat parvenu
Des dépouilles d'un chef habille son corps nu ;
Il se métamorphose en tour ; il devient reine ;
Il choisit dans les morts étendus sur l'arène
Un chef de sa couleur, par sa force cité ;
L'heureux pion le touche, il l'a ressuscité.

Donc, fermons notre oreille au fracas de la terre ;
Prenons un échiquier, théâtre de la guerre,
Et suivons ce combat qui nous a réjoui.

La Bourdonnais cédant le trait à de Jouy,
Le pion du roi noir, le pion de l'ermite
Fait deux pas ; l'adversaire, au même instant l'imite.

Celui du fou du roi, du roi noir, fait deux pas,
Et sous le pion blanc rencontre le trépas.
C'est le gambit, soldat d'aventureuse mine
Que Cochrane inventait au pays du bramine.

— Le cheval du roi noir, allant je ne sais où,
Se pose, après deux bonds, devant son propre fou.
— Le pion du cheval du roi blanc s'en indigne,
Et fait deux pas hardis en avant de sa ligne.

— Le fou du prince noir tourne à droite, et courant
Devant son frère fou, tient le quatrième rang.
— Le hardi pion blanc fait un pas, et se place
Sous le cavalier noir, le heurte et le menace.

— Le cheval noir a peur, et d'un jarret tremblant
Bondit à quatre pas devant le prince blanc.
— La reine blanche, alors, d'une victoire avide,
Donne l'échec au roi noir — qui, sur la place vide
Que déserta son fou, se place au même instant.

— Le pion blanc doublé, le second en montant,
N'a plus qu'un seul carré, qui le sépare encore
De la case d'emprunt, où tremble le roi more.
— Mais le cavalier noir, prend, en faisant trois pas
Le pion du fou blanc qui ne le craignait pas.

— L'agile cavalier qui suit la blanche reine
A trois pas, en avant de son fou, tient l'arène.
— La dame noire appelle un humble champion,
Et fait marcher deux pas son modeste pion.

— Le fou du roi des blancs se conduit comme un sage,
Et voyant près de lui s'entrouvrir un passage,
Devant son cavalier, hardiment s'est carré.

— Le pion noir du fou de la reine un carré.
— Le cheval blanc du roi sur la troisième case
De son fou. — La tour blanche a tremblé sur sa base,
Car le cavalier noir la menace et la prend.

— Le pion blanc de reine enjambe un double rang
Par deux bonds, comme il fait dans les moments de crise.
— Le pion du roi noir prend le pion en prise.

— Le cheval du roi blanc, saisi d'un noble effroi,
Se pose à cinq relais du carré de son roi.
— La dame noire au camp de son mari s'installe.

— Le pion du cheval des blancs change de stalle.
— Le fou du roi des noirs recule d'un seul pas,
Sa pointe au cavalier menacé du trépas.

— Le pion blanc du roi, ce soldat d'humble taille,
Qui sut dans le gambit commencer la bataille,
Reparait sur la scène, il prend le pion noir,
Et donne échec au roi, calme dans son manoir.

— Ce monarque indigné punit tant d'insolence
Et frappe ce soldat de l'ombre de sa lance.
— Le fou des blancs accourt du bout de l'horizon,
Donnant échec au prince, au seuil de sa maison.

— Ce prince infortuné n'a qu'une bonne case
Pour y porter son trône, ébranlé sur sa base ;
Il y trouve un instant un sol hospitalier :
C'est la case déserte où fut son cavalier.

— Le cheval blanc, joyeux, profite de l'aubaine,
Et mange le pion de la dame d'ébène.
—Cette noble amazone, aux rapides élans,
Prend ce cheval et donne échec au roi des blancs.

— C'est l'instant décisif : reines infortunées,
Ici doivent finir vos grandes destinées !
— La dame blanche a pris la noire, — Le fou noir
Prend la pâle amazone, et renaît à l'espoir.

— Hélas ! le prince noir, malheureux comme Oreste,
Est maté, sur le coup, par le cheval qui reste ;
Et béni par l'ermite, il descend au tombeau
Consolé de mourir, sous un échec si beau.

Ce combat est fini, mais l'autre dure encore ;
Jay retarde longtemps le mat de son roi more ;
Resté seul, et déjà succombant à demi,
Il voudrait bien venger l'ermite son ami.

Tous les yeux sont fixés sur la lice ; on frissonne
Au moindre souffle, au bruit de l'horloge qui sonne,
De la porte qui s'ouvre en grinçant, d'un talon
Qui frappe étourdiment le parquet du salon.

Rien n'émeut le joueur, l'aveugle volontaire ;
De l'échiquier absent il sonde le mystère ;
Sur le vaste registre ouvert dans son esprit,
Il note les soldats qu'on lui prend, et qu'il prit ;
Il suit, d'un même soin, le monarque superbe
Et le pion, insecte enseveli sous l'herbe ;
L'échiquier s'est couvert d'un brouillard ; mais en vain ;
Tout brille aux yeux fermés du magique devin.
Minuit sonne gaiement une double victoire.

Et depuis, j'ai cherché vainement dans l'histoire
Un prodige pareil, même aux jours fabuleux
Où l'Asie inventa ses milles contes bleus ;
Où Katib, le Persan, perdait sur une case,
Sa blanche favorite, esclave du Caucase,
La belle Dilaram, sérénité du cœur,
Qu'un mal livra, soumise, au sérail du vainqueur ;
Où, le brame Sélim, que Jagrenat admire,
Jouait avec Namik, le roi de Cachemire,
Sur un large échiquier, tout d'ambre et d'aloès,
Que le brame reçut des mains de Cosroès.

Dans les âges récents, d'un accès plus facile,
J'ai suivit le joueur, enfant de la Sicile,
Boy le Syracusien, bon chrétien, qui, je crois,
Battit avec respect deux papes et deux rois ;
Suivit le Calabrais, dont les habiles ruses
Révélaient un talent éclos dans les Abruzzes ;
Penseur né sous un ciel de vif azur et d'or,
Et qui légua son sceptre aux mains de Philidor :

Oui, dans cet Orient, ce doux berceau des sages,
Dans les siècles passés, ou les modernes âges,
Depuis que nous voyons l'échiquier se grandir,
En remontant d'Europe au temps du grand Nadir,
Ce qui manque aux exploits du Chrétien ou du bonze,
Je l'ai vu dans Paris, rue aux Trois-Frères, onze ;
Et devant ce prodige, à Procope cité,
J'ai cru que Philidor était ressuscité.

 

Note de Joseph Méry

[1] Allusion à mon poème sur les échecs, à propos de la fameuse partie engagée entre La Bourdonnais et Mac-Donnel ; et dont la première édition a paru dans le premier numéro du Palamède. (retour au texte)

 

  


 

   

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Informations :

 

·        Page mise en ligne le 21 juillet 2008

·        Mise en parallèle de La Soirée d'ermites et de Les Échecs : 1 août 2008

 

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